Irène. 11 - Le traquenard
- « Ici ? Dans la région ? Dans cette ville même ? » demanda Louise.
- « Oui, madame ! Il faut que vous me suiviez sans délai. Nous ne sommes plus à l’abri ici ! Me faites-vous encore confiance Madame ? ».
- « Oui... Oui... » bredouilla Louise.
- « Alors partons ! Rassemblez vos affaire au plus vite ! Vous prendrez votre voiture et suivrez la mienne madame Louise ! ».
- « Mais où allons-nous ? » demanda, inquiète, Irène.
- « J’vous en prie madame faisons vite ! Qui sait ce qui se trame encore derrière notre dos ! ».
- « Partons Irène ! Suivons-le ! » jeta Louise avant qu’Irène ne pose une autre question.
Le petit groupe sortit par la porte arrière de la maison et chacun se répartit dans les voitures.
Eliot démarra à toute vitesse, Louise suivit du mieux qu’elle put. Les voitures prirent la direction de la côte et arrivèrent presque en bordure de la falaise, à proximité d’une bicoque isolée dans la lande.
- « Louise, cet endroit ne me dit rien qui vaille… » glissa Irène à l’oreille de Louise, comme si les deux femmes étaient sur écoute.
- « À vrai dire moi non plus » confia Louise à sa comparse, « mais j’ai toujours eu confiance en Eliot… J’espère ne pas me tromper… ».
Les deux femmes descendirent de la voiture et rejoignirent Eliot et Flora près de la porte d’entrée de la maison.
- « C’est ici, madame Louise, c’est pas bien grand, mais vous y serez à l’abri. Le coin est assez éloigné de la ville. Nous y avons vécu Flora et moi quand nous étions sans le sou. Il y a une pièce à droite de l’entrée où il y a deux matelas. C’est la plus grande : vous la prendrez… ».
- « Bien Eliot ! Merci de votre aide. Je n’oublierai pas ce que vous avez fait pour nous » dit Louise.
- « Entrons vite ! » lança Eliot.
Les deux femmes entrèrent à la suite du couple. La pièce principale était sombre et leurs yeux avaient du mal à s’habituer à la pénombre. Flora fit craquer une allumette et alluma une lampe à pétrole. Elle prit la direction de la chambre située à côté de la porte et invita les deux amies à s’y rendre avec elle.
- « Voilà c’est ici Mesdames ! » leur lança Flora en se tenant à l’entrée de la chambre.
Irène et Louise entrèrent dans la pièce, un peu hésitantes. Les deux femmes eurent à peine le temps de déposer leurs sacs que la porte se referma violemment derrière elles.
- « Non… » cria Louise.
- « Oh mon Dieu ! » lança Irène.
Les deux amies se lancèrent contre la porte, mais il était trop tard. Le piège venait de se refermer sur elles.
- « Eliot… Eliot… » cria Irène en tambourinant contre la porte, « Eliot… Je vous en prie ! ».
- « Tais-toi Irène ! Écoute ! » demanda Louise.
À travers les faibles parois de la pièce obscure Les deux femmes entendirent le bruit d’une voiture démarrer en trombe : la voiture d’Eliot qui filait à travers la lande.
- « Oh mon Dieu Louise ! Qu’allons-nous faire ? Cette fois tout est fichu ! Il est clair qu’Eliot est à la solde de ces inconnus qui nous poursuivent » déclara Irène.
Louise ne prononçait plus un mot. La petite femme, si forte, si énergique, s’écroula et laissa échapper ses pleurs.
- « Je suis désolée Irène. Tout est de ma faute ! Mais comment savoir, comment croire qu’Eliot aurait pu me trahir ! Nous trahir ! Je suis désolée Irène… Je ne sais pas ce que nous allons devenir. Dieu seul sait ce que ces brigands nous veulent ! ».
Irène était choquée de la situation. Choquée d’être ainsi retenue dans cet endroit lugubre, choquée de s’être laissée bernée, choquée de voir sa meilleure amie pleurer comme une enfant que l’on venait de gronder. La quinquagénaire s’affaissa à son tour et posa la tête de Louise sur son épaule.
- « Quoi qu’il arrive Louise nous resterons ensemble ! Je te le promets » jura Irène à son amie.
De longues minutes s’écoulèrent. Le silence était entrecoupé par les sanglots longs de Louise, puis la quiétude se fit. Ce soir là le vent siffla dans la lande et la pluie s’abattit sur la pauvre masure. Un trou dans la toiture laissait échapper un filet d’eau dans la pièce assombrie. Les volets claquaient. La maison craquait. Mais les deux amies étaient trop épuisées pour s’en formaliser : abusées de fatigue, elles finirent par s’endormir.
Les heures passèrent, quand, au milieu de la nuit, la voiture d’Eliot fit entendre au loin son puissant moteur. Une deuxième voiture suivait. Les deux femmes se réveillèrent et attendirent, anxieuses, l’entrée des comploteurs dans la bicoque. Une clé fut introduite dans la serrure. Des pas résonnèrent sur le paquet vermoulu. Irène et Louise se redressèrent. La porte de leur prison lugubre s’ouvrit bientôt et une vive lumière aveugla les deux femmes qui, instinctivement, portèrent leur main au niveau de leurs yeux. Une voix féminine se fit entendre et déclara : « Bonsoir Mesdames ! Enfin, nous y voilà ! ».


0 Comments:
Enregistrer un commentaire
<< Home