16.4.05

Irène. 8 - La cheminée




- "Ce n’est pas trop tôt", lança Louise lorsque la voiture s’arrêta dans la cour, devant la maison.

Irène ne releva pas la réflexion de son amie. Elle ressentait une certaine appréhension à se retrouver devant une preuve tangible de l’existence parallèle de celui qu’elle avait aimé ; qu’elle avait cru connaître, pendant toutes ces années.
Tous les volets étaient clos. Pas une trace de vie dans cette grande maison. Cette maison dont elle avait si souvent rêvée mais qu’Herbert lui avait toujours refusé sous des prétextes plus ou moins fallacieux mais qui lui avaient toujours semblé convaincants.
Elles firent le tour par le derrière de la maison. Irène savait que si elle devait rentrer dans cette maison, elle trouverait un jeu de clés dans un pot de fleur ou sous un paillasson. Elle le connaissait tout de même bien cet homme… Tellement prévisible finalement, jusqu’à un certain point cependant. Elle trouva la clé comme convenu dans un pot de magnolia en fleurs. Elle ouvrit la porte.
Louise bouscula Irène et se précipita à l’intérieur de la maison et entra la première, à la recherche des toilettes, claudiquant et grimaçant sous l’effet des courbatures qui embarrassaient ses mouvements d’habitude si vifs. Irène ne put s’empêcher de sourire en voyant la petite femme marcher de façon si grotesque. Irène décida de faire du café et de préparer un petit déjeuner. Elle savait qu’elle trouverait tout ce dont elle aurait besoin.

- "Louise ? Il faut qu’on parle toutes les deux".

Irène et Louise étaient assises dans deux grands fauteuils de cuir, au pied d’un feu de cheminée. Louise fixait d’un air absent les petites flammes qui dansaient dans l’âtre. Elles avaient passé la journée à dormir et à récupérer de la journée de la veille qui avait été si difficile pour toutes les deux.
- "Louise ? Tu m'entends ? Il faut qu'on parle ! Trop de choses sont arrivées depuis hier. Je suis dépassée Louise...".
- "Irène! Nous sommes toutes les deux. C'est le plus important. Nous n'allons pas commencer à perdre notre sang froid maintenant ! Après tout ce que nous avons déjà fait".
- "Mais le sac, Louise. Nous n'avons plus le sac...".
- "Le sac a disparu, certes. Ça va compliquer les choses...".
- "Mais comment peux-tu rester aussi calme... Je suis morte de trouille, moi. Tu as été agressée cette nuit, Louise ! Nous n'avons plus le sac...".
- "Irène... Je me refuse à perdre le contrôle de la situation. Pas maintenant !".
- "Hier soir, tu étais terrorisée. Tu disais "ils sont là" et "il ne faut pas qu'ils trouvent le sac". Qui sont ces "ils" ?".
Sans s'en rendre compte, Irène avait élevé la voix plus que de raison. Elle avait besoin de réconfort. Elle avait besoin d'entendre que tout allait bien se passer. Elle avait besoin d'être rassurée. Le mutisme de Louise, son détachement pourtant coutumier, la rendait folle... Elle avait peur.
Louise se carra dans son fauteuil et remonta le châle de laine sur ses épaules. Elle s'obstinait à fixer la tapisserie du mur en face d'elle, le regard perdu et vague.
Irène se leva et s'approcha de Louise. Elle prit son amie dans ses bras et, affectueusement, lui caressa les cheveux.
- "Louise, parle-moi... J'ai besoin de savoir ce qui se passe. Louise, qui t'a frappé ?".
Les braises rougeoyantes du feu, maintenant presque éteint, éclairaient faiblement le petit salon. Louise pleurait doucement sur l'épaule d'Irène.
Un léger frisson secoua Irène. Elle sentit un léger courant d'air lui effleurer le corps. Elle entendit alors la porte d'entrée de la maison s'ouvrir en grinçant.