15.6.05

14.6.05

Irène. 12 - L'attaché Case


- "Bonsoir Mesdames! Nous nous retrouvons enfin".
- "Oh mon dieu", lacha Irène, la bouche tordue par la peur.
Louise, réalisant enfin ce qui se passait, s'écroula sur elle-même comme un château de cartes. La mystérieuse femme éclata de rire. Derrière elle, en écho surréaliste, les rires inquiétants d'Eliot et de Flora résonnèrent lugubrement aux oreilles d'Irène. Elle eut l'impression d'entendre deux hyènes attendant patiemment la curée pour se jeter sur les restes de son corps. Et cette image ne l'aida pas à se donner une contenance face à cette rivale qu'elle croyait disparue.
Éloïse, les deux mains sur les hanches, fixait triomphalement les deux femmes. Le visage outrageusement maquillé sur une peau blème, elle rappelait un spectre revenu parmi les vivants.
- "Dis-moi, Irène ! Tu ne dis pas bonjour à ta bonne amie ? Tu n'es pas surprise de me voir en aussi grande forme ? Ou peut-être es-tu surprise de me voir tout simplement en vie ? Cela serait légitime après tous tes efforts pour t'assurer du contraire".
Elle repartit à rire toujours suivi par les repliques aigues de ses deux compères. Irène restait figée. Elle se devait de réagir mais elle ne parvenait pas à retrouver la parole. A ses pieds, Louise émettait de petit sons et commençait à se réveiller. Un léger coup de pied d'Irène réveilla complètement Louise.
- "Louise ! Vous avez décidemment la peau dure. Je vous croyais en bonne compagnie avec les cafards de votre espèce, dans ces toilettes sordides. Mais ce n'est que partie remise...".
Elle se tourna vers Eliot et sa femme, toujours à l'écart, près de la porte.
- "Eliot ? Allez me chercher l'attaché-case dans ma voiture. Flora, auriez-vous l'obligeance de nous préparer du thé ? Vous seriez charmante...".
Une fois les deux sbires en dehors de la pièce, Eloïse s'avança vers les deux femmes qui, instinctivement reculèrent vers le fond de la pièce.
- "Que veux-tu, Eloïse ?" demanda Irène faiblement.
- "Ce que je veux ? Mais tu plaisantes n'est-ce pas ?" ricana violement la jeune femme, le visage grimaçant de haine. "Je veux tout Irène ! Je veux tout ce qui te rend interessante !".
- "Je ne saisis pas...".
- "Sois patiente...".

Eliot entra rapidement dans la pièce avec la petite valisette de cuir noir et la déposa aux pieds de la jeune femme puis retourna en arrière et reprit sa position de garde, à la porte.
- "Dans cette valise se trouve mon avenir, ma fortune", reprit-elle.
- "Mais vous avez déjà votre fortune en récupérant le sac !" cria Louise.
- " Le sac ? Quel...".
Un coup de feu éclata dans la pièce. Irène et Louise hurlèrent leur peur. Eloïse poussa quant à elle un cri mêlé de surprise et de douleur et s'effondra sur le sol de la pièce. Une forte et acre odeur de poudre emplit la pièce. Dans le contre-jour de la porte, la silhouette d'Eliot, un fusil dans la main, se détachait en ombre chinoise.
- "Oh Dieu soit loué ! ", sanglota Louise. "Je savais que vous ne nous trahiriez pas, Eliot".

25.5.05

Irène. 11 - Le traquenard


- « Ici ? Dans la région ? Dans cette ville même ? » demanda Louise.
- « Oui, madame ! Il faut que vous me suiviez sans délai. Nous ne sommes plus à l’abri ici ! Me faites-vous encore confiance Madame ? ».
- « Oui... Oui... » bredouilla Louise.
- « Alors partons ! Rassemblez vos affaire au plus vite ! Vous prendrez votre voiture et suivrez la mienne madame Louise ! ».
- « Mais où allons-nous ? » demanda, inquiète, Irène.
- « J’vous en prie madame faisons vite ! Qui sait ce qui se trame encore derrière notre dos ! ».
- « Partons Irène ! Suivons-le ! » jeta Louise avant qu’Irène ne pose une autre question.
Le petit groupe sortit par la porte arrière de la maison et chacun se répartit dans les voitures.
Eliot démarra à toute vitesse, Louise suivit du mieux qu’elle put. Les voitures prirent la direction de la côte et arrivèrent presque en bordure de la falaise, à proximité d’une bicoque isolée dans la lande.
- « Louise, cet endroit ne me dit rien qui vaille… » glissa Irène à l’oreille de Louise, comme si les deux femmes étaient sur écoute.
- « À vrai dire moi non plus » confia Louise à sa comparse, « mais j’ai toujours eu confiance en Eliot… J’espère ne pas me tromper… ».
Les deux femmes descendirent de la voiture et rejoignirent Eliot et Flora près de la porte d’entrée de la maison.
- « C’est ici, madame Louise, c’est pas bien grand, mais vous y serez à l’abri. Le coin est assez éloigné de la ville. Nous y avons vécu Flora et moi quand nous étions sans le sou. Il y a une pièce à droite de l’entrée où il y a deux matelas. C’est la plus grande : vous la prendrez… ».
- « Bien Eliot ! Merci de votre aide. Je n’oublierai pas ce que vous avez fait pour nous » dit Louise.
- « Entrons vite ! » lança Eliot.
Les deux femmes entrèrent à la suite du couple. La pièce principale était sombre et leurs yeux avaient du mal à s’habituer à la pénombre. Flora fit craquer une allumette et alluma une lampe à pétrole. Elle prit la direction de la chambre située à côté de la porte et invita les deux amies à s’y rendre avec elle.
- « Voilà c’est ici Mesdames ! » leur lança Flora en se tenant à l’entrée de la chambre.
Irène et Louise entrèrent dans la pièce, un peu hésitantes. Les deux femmes eurent à peine le temps de déposer leurs sacs que la porte se referma violemment derrière elles.
- « Non… » cria Louise.
- « Oh mon Dieu ! » lança Irène.
Les deux amies se lancèrent contre la porte, mais il était trop tard. Le piège venait de se refermer sur elles.
- « Eliot… Eliot… » cria Irène en tambourinant contre la porte, « Eliot… Je vous en prie ! ».
- « Tais-toi Irène ! Écoute ! » demanda Louise.
À travers les faibles parois de la pièce obscure Les deux femmes entendirent le bruit d’une voiture démarrer en trombe : la voiture d’Eliot qui filait à travers la lande.
- « Oh mon Dieu Louise ! Qu’allons-nous faire ? Cette fois tout est fichu ! Il est clair qu’Eliot est à la solde de ces inconnus qui nous poursuivent » déclara Irène.
Louise ne prononçait plus un mot. La petite femme, si forte, si énergique, s’écroula et laissa échapper ses pleurs.
- « Je suis désolée Irène. Tout est de ma faute ! Mais comment savoir, comment croire qu’Eliot aurait pu me trahir ! Nous trahir ! Je suis désolée Irène… Je ne sais pas ce que nous allons devenir. Dieu seul sait ce que ces brigands nous veulent ! ».
Irène était choquée de la situation. Choquée d’être ainsi retenue dans cet endroit lugubre, choquée de s’être laissée bernée, choquée de voir sa meilleure amie pleurer comme une enfant que l’on venait de gronder. La quinquagénaire s’affaissa à son tour et posa la tête de Louise sur son épaule.
- « Quoi qu’il arrive Louise nous resterons ensemble ! Je te le promets » jura Irène à son amie.
De longues minutes s’écoulèrent. Le silence était entrecoupé par les sanglots longs de Louise, puis la quiétude se fit. Ce soir là le vent siffla dans la lande et la pluie s’abattit sur la pauvre masure. Un trou dans la toiture laissait échapper un filet d’eau dans la pièce assombrie. Les volets claquaient. La maison craquait. Mais les deux amies étaient trop épuisées pour s’en formaliser : abusées de fatigue, elles finirent par s’endormir.
Les heures passèrent, quand, au milieu de la nuit, la voiture d’Eliot fit entendre au loin son puissant moteur. Une deuxième voiture suivait. Les deux femmes se réveillèrent et attendirent, anxieuses, l’entrée des comploteurs dans la bicoque. Une clé fut introduite dans la serrure. Des pas résonnèrent sur le paquet vermoulu. Irène et Louise se redressèrent. La porte de leur prison lugubre s’ouvrit bientôt et une vive lumière aveugla les deux femmes qui, instinctivement, portèrent leur main au niveau de leurs yeux. Une voix féminine se fit entendre et déclara : « Bonsoir Mesdames ! Enfin, nous y voilà ! ».

7.5.05

Irène. 10 - La lettre



A la lecture de cette dernière lettre, Irène s'était réfugiée dans un mutisme complet, incapable de prononcer le moindre mot, incapable de penser à quoi que ce soit. Elle avait la tête dans une ruche, les yeux dans le brouillard.
- "J'vous l'avais bien dis, Madame Louise, qu'il fallait aussi l'éliminer cette garce !", ricana Eliot, "j'la sentais pas cette fille !".
- "Taisez-vous Eliot ! ", répondit Louise sans conviction.
Elle regardait tendrement son amie toujours immobile, prostrée sur une chaise.
- "Ca doit faire un choc pour la p'tite dame de lire tout ça !", insista Eliot en lançant un coup de tête vers Irène.
- "Vous ne pouvez pas vous imaginer, Eliot. C'est un choc pour toutes les deux...".
- "Ah bon ?".
- "Oui Eliot !".
- "Elle aurait pu vous causer de graves ennuis, cette femme. Elle a les dents aussi longues que ses jambes et elle a une ambition plus importante que le décolleté de ses chemisiers...".
- "Avait... Eliot ! Heureusement, nous sommes intervenus au bon moment, avant qu'elle ne nous fasse trop de mal".
- " Heu ! Tout à fait, madame Louise", ricana Eliot "Avait... avait...".
La porte extérieure de la cuisine s'ouvrit soudainement et brusquement, dans un grincement pathétique. Une petite femme ronde aux cheveux gris peignés en chignon strict avança gauchement dans la pièce. Flora tortillait le bout des manches de son imperméable noir, bien trop grand pour elle.
- "Heu ! J'm'excuse d'importuner... ".
Les deux femmes sursautèrent à l'unisson. Irène blanchit encore plus qu'elle ne l'était déjà. L'espace de dix secondes, son visage revêtit le masque d'une très vieille femme : masque grotesque d'une tragédie grecque grotesque. Louise porta ses mains sur le coeur et tremblait de la tête aux pieds.
- "Flora? Mais... Mais... Que faites-vous ici ?".
- "Mais ce n'est pas possible ! C'est un vrai moulin cette maison... On ne peut pas avoir cinq minutes de tranquilité, de calme... Juste cinq minutes sans sursauter, sans bondir, sans qu'une porte claque ou s'ouvre... C'est trop demandé ? C'est vraiment dément ! J'ai l'impression d'être devenue l'héroïne du plus mauvais épisode d'une enquête de Jessica Fletcher", hurla Irène.
- "Calme-toi ! C'est Flora, la femme d'Eliot" déclara Louise.
- "Que je me calme ? Que je me calme ? Tu en as des bonnes toi parfois ! Je viens d'avoir la preuve écrite que mon agent, une femme en qui j'avais une confiance aveugle, non seulement me trompait avec mon mari mais en plus avait le projet de me faire quitter ce monde, tout comme toi d'ailleurs, je te le rappelle... Nous sommes dans une histoire qui me dépasse complètement... Et tu veux que je reste calme ? Mais tu plaisantes, là ! Et puis, qu'est-ce qu'elle fait là, elle ? Que vient-elle faire ici ?".
- "J'avais demandé à ma femme d'attendre dans la voiture, comme je ne savais pas qui j'allais trouver dans la maison" répondit Eliot, penaud.
- "Comment allez-vous, Flora ?" demanda Louise. "Excusez mon amie Irène mais elle est un peu à bout de nerfs".
- "Bien... Bien, Madame Louise, merci", répondit Flora en jetant un regard froid et outragé vers Irène.
- "Qu'est-ce qui se passe Flora ?", interrogea Eliot.
- "Tu te souviens de la voiture du parking...".
- "Ma voiture ?" interrogea soudainement Irène.
- "Non l'autre... Elle vient de passer par deux fois dans la rue. Il faudrait peut-être penser à partir ".
- "Quelle autre ? Enfin expliquez-nous Eliot !" s'insurgea Irène.
- " Je croyais que vous n'aviez rien vu, Eliot ", demanda Louise, surprise.
Elle regarda avec insistance le vieil homme qui cherchait à masquer son embarras sous un sourire crispé. Il se tourna vers sa femme et il sembla à Louise qu'il lui fit un clin d'oeil mais elle n'en était pas sure. Flora se réfugia aussitôt derrière son époux et sembla se fondre dans l'ombre de la longue silhouette maigre du vieil homme. Louise se refusait à laisser s'insinuer le doute et la suspicion dans son esprit. Elle avait besoin de s'accrocher à la confiance qu'elle avait en Eliot. Elle secoua la tête comme pour effacer toutes les mauvaises pensées qu'elle venait d'avoir.
- "Il faut partir Madame Louise, et maintenant !", ordonna Eliot.
- "Vous avez raison. Viens Irène, nous partons. On ne peut pas rester ici !".
- "Louise! Il faut retrouver le sac le plus vite possible. Plus tôt nous le retrouverons, plus tôt nous pourrons respirer et oublier cette sale histoire".
- "Vous avez raison Madame Irène. Partons, maintenant", lança Eliot.
- "Je suis inquiète à cause de cette voiture qui rode, Eliot. Qui conduit cette voiture ? En avez-vous la moindre idée ?" interrogea Louise.
- "Heu ! Non ! Vraiment... Je... Ne tardons pas ! Je connais un endroit où vous pourriez être en sécurité" insista Eliot en essuyant avec un large mouchoir carré les gouttes de sueur qui perlaient sur ses tempes.

18.4.05

Irène. 9 - Eliot


Irène et Louise se redressèrent chacune dans leur fauteuil. Elles se regardèrent quelques secondes à peine, puis, l’instinct naturel aidant, elles se levèrent et coururent se cacher dans le bureau voisin.
Se ressaisissant quelque peu, elles s’approchèrent du coin de la pièce et, protégées par le retour du mur, se mirent à scruter le salon. Des bruits de pas se faisaient entendre depuis l’entrée secondaire et approchaient lentement mais sûrement du cœur de la maison. Irène se blottit contre Louise. Le corps des deux femmes ne faisait plus qu’un et formait désormais un être hybride guettant sa proie depuis sa tanière. Louise tenta de pencher la tête plus en avant afin d’apercevoir l’intrus qui empiétait sur leur territoire. Irène suivit le mouvement de sa compagne, mais, perdant pied, finit par faire trébucher cette dernière dans le salon. Irène ne put réprimer un « han » de stupéfaction. Le bruit sourd du corps de Louise tombant sur le parquet fit à son tour sursauter l’intrus qui s’écria : « Qui est là ? ». Irène sortit de sa cachette et laissa échapper un : « Ne tirez pas s’il vous plaît ! » peu approprié. Louise tenta de se relever, prenant appui sur le dossier d’une banquette.
- « Madame Louise ! » cria l’intrus.
- « Eliot ! Mais.. mais que faites-vous ici ? » rétorqua Louise.
- « Ah madame Louise enfin je vous retrouve ! ».
Irène aida son amie à se relever.
- « Louise, si tu m’expliquais… » demanda Irène, un peu confuse.
- « Irène, je te présente Eliot Knigth. Eliot est la personne qui a… enfin tu vois quoi… ».
- « Ah… » répondit Irène, dans une sorte d’ébahissement.
- « Eliot, je vous présente Irène Lac... ».
- « Pas de nom, Louise ! Souviens-toi ! Pas de nom » lança Irène.
- « Tttt... excuse-moi, l’habitude sans doute… Eliot voici Irène, l’épouse d’Herbert… ».
- « Ah madame Louise je vous retrouve enfin » répéta Eliot, « J’ai tellement eu peur pour vous madame ».
- « Mais comment nous avez-vous retrouvées Eliot ? » demanda Louise.
- « Je vous ai suivies… ».
- « Suivies ? Mais depuis quand ? Comment ? ».
- « Depuis hier soir… J’étais sur le parking du restoroute, j’étais inquiet, je ne tenais plus, Flora aussi était inquiète… C’est pour ça j’ai décidé de vous suivre… ».
- « Sur le parking ? Mais où ? À quel endroit » s'écria Irène, « Vous avez sûrement vu ceux qui ont volé ma voiture, les agresseurs de Louise ».
- « Ah non, j’ai rien vu Madame…On vous a fait du mal madame Louise ? » demanda benoîtement Eliot.
- « C’est oublié ! Je vous avais pourtant demandé de ne plus rien faire pour nous Eliot ! Nous étions d’accord à ce sujet ! ».
- « C’est que j’ai eu peur Madame… Arrivé ici, dans cette ville, j’ai perdu votre trace… J’ai fait toutes les maisons pour tenter de retrouver votre voiture… Quand je l’ai retrouvée, je me suis garé et je suis entré par la porte de derrière… ».
- « Louise, si tu m’expliquais ! » tenta à nouveau Irène qui se sentait perdue.
- « Asseyez-vous Eliot, assieds-toi Irène… Comme je viens de te le dire Irène, Eliot est le troisième maillon de notre chaîne… C’est lui qui a fait disparaître les corps…J’ai rencontré Eliot il y a quinze ans. Il vivait chichement avec son épouse : Flora. Ils m’ont recueillie à l’époque. Dieu seul sait ce que je serais devenue sans eux. Quand ma situation s’est améliorée, je n’ai eu de cesse d’améliorer à mon tour le sort de mes bienfaiteurs. Une de mes connaissances travaillait aux pompes funèbres de la ville. Je lui ai proposé d’engager Eliot comme croque-mort. Ce qui fut dit, fut fait et Eliot y travaille depuis. Quand nous avons conçu ce projet toi et moi, j’ai tout de suite pensé à Eliot. Il était le moyen le plus sûr et le plus direct de faire disparaître ce poids qui nous alourdissait tant… Eliot m’est fidèle et ne nous causera aucun souci… N’est-ce pas Eliot ? ».
- « Oh oui Madame Louise, soyez-en sûre ! Cet homme là n’valait rien ! De l’ordure comme ça, ça doit disparaître, c’est comme de la mauvaise herbe ! ».
- « Eliot, nous sommes suivies » reprit Louise, « Quelqu’un sait, quelqu’un a su ce que nous avions fait, quelqu’un a dérobé le sac… ».
- « Louise… Nous ne pouvons plus rester ici » avança Irène, « à deux cela était déjà risqué, mais à trois, avec cette nouvelle voiture garée dans l’allée, cela devient dangereux… Nous allons nous faire repérer ».
- « Mais... pourquoi sommes-nous venues ici Irène ? ».
- « Je ne sais pas, je ne sais plus… Après ton agression, il fallait partir, et au plus vite, je n’ai pas réfléchi, tout de suite dans mon esprit est venue l’idée de cette maison … Il faut dire que… ».
- « Que ? » demanda Louise.
- « Je tenais à récupérer les lettres d’Herbert, ces lettres qu’il recevait en secret… les lettres d’amour de cette traînée sans nom… Je veux effacer toute trace de ce passé douloureux… Pour me reconstruire totalement, pour moi, pour nous… ».
- « Et tu penses que ces lettres sont ici ? ».
- « Où aurait-il pu les cacher sinon dans cette garçonnière pour sexagénaire libidineux ! » répondit Irène avec hargne.
- « Écoute Irène, il se fait tard maintenant, nous avons vécu beaucoup trop, en peu de temps… Voilà ce que nous allons faire… Eliot vous allez garer les voitures derrière la maison de telle sorte qu’on ne puisse les voir depuis la rue… Nous, Irène, nous allons préparer le repas, nous n’avons pas mangé depuis hier, il doit bien y avoir quelque chose dans les placards de la cuisine, nous chercherons ces lettres, puis il nous faudra décider d’un plan de secours… Le sac ayant disparu il nous faudra bien trouver une solution de repli ! ».

16.4.05

Irène. 8 - La cheminée




- "Ce n’est pas trop tôt", lança Louise lorsque la voiture s’arrêta dans la cour, devant la maison.

Irène ne releva pas la réflexion de son amie. Elle ressentait une certaine appréhension à se retrouver devant une preuve tangible de l’existence parallèle de celui qu’elle avait aimé ; qu’elle avait cru connaître, pendant toutes ces années.
Tous les volets étaient clos. Pas une trace de vie dans cette grande maison. Cette maison dont elle avait si souvent rêvée mais qu’Herbert lui avait toujours refusé sous des prétextes plus ou moins fallacieux mais qui lui avaient toujours semblé convaincants.
Elles firent le tour par le derrière de la maison. Irène savait que si elle devait rentrer dans cette maison, elle trouverait un jeu de clés dans un pot de fleur ou sous un paillasson. Elle le connaissait tout de même bien cet homme… Tellement prévisible finalement, jusqu’à un certain point cependant. Elle trouva la clé comme convenu dans un pot de magnolia en fleurs. Elle ouvrit la porte.
Louise bouscula Irène et se précipita à l’intérieur de la maison et entra la première, à la recherche des toilettes, claudiquant et grimaçant sous l’effet des courbatures qui embarrassaient ses mouvements d’habitude si vifs. Irène ne put s’empêcher de sourire en voyant la petite femme marcher de façon si grotesque. Irène décida de faire du café et de préparer un petit déjeuner. Elle savait qu’elle trouverait tout ce dont elle aurait besoin.

- "Louise ? Il faut qu’on parle toutes les deux".

Irène et Louise étaient assises dans deux grands fauteuils de cuir, au pied d’un feu de cheminée. Louise fixait d’un air absent les petites flammes qui dansaient dans l’âtre. Elles avaient passé la journée à dormir et à récupérer de la journée de la veille qui avait été si difficile pour toutes les deux.
- "Louise ? Tu m'entends ? Il faut qu'on parle ! Trop de choses sont arrivées depuis hier. Je suis dépassée Louise...".
- "Irène! Nous sommes toutes les deux. C'est le plus important. Nous n'allons pas commencer à perdre notre sang froid maintenant ! Après tout ce que nous avons déjà fait".
- "Mais le sac, Louise. Nous n'avons plus le sac...".
- "Le sac a disparu, certes. Ça va compliquer les choses...".
- "Mais comment peux-tu rester aussi calme... Je suis morte de trouille, moi. Tu as été agressée cette nuit, Louise ! Nous n'avons plus le sac...".
- "Irène... Je me refuse à perdre le contrôle de la situation. Pas maintenant !".
- "Hier soir, tu étais terrorisée. Tu disais "ils sont là" et "il ne faut pas qu'ils trouvent le sac". Qui sont ces "ils" ?".
Sans s'en rendre compte, Irène avait élevé la voix plus que de raison. Elle avait besoin de réconfort. Elle avait besoin d'entendre que tout allait bien se passer. Elle avait besoin d'être rassurée. Le mutisme de Louise, son détachement pourtant coutumier, la rendait folle... Elle avait peur.
Louise se carra dans son fauteuil et remonta le châle de laine sur ses épaules. Elle s'obstinait à fixer la tapisserie du mur en face d'elle, le regard perdu et vague.
Irène se leva et s'approcha de Louise. Elle prit son amie dans ses bras et, affectueusement, lui caressa les cheveux.
- "Louise, parle-moi... J'ai besoin de savoir ce qui se passe. Louise, qui t'a frappé ?".
Les braises rougeoyantes du feu, maintenant presque éteint, éclairaient faiblement le petit salon. Louise pleurait doucement sur l'épaule d'Irène.
Un léger frisson secoua Irène. Elle sentit un léger courant d'air lui effleurer le corps. Elle entendit alors la porte d'entrée de la maison s'ouvrir en grinçant.